LA CAROLE NIELROW
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En avant-propos
Aimer comment ?
Dire je t'aime,
Et c'est tout :
Cela n'a pas de suite ;
Car si je dis beaucoup,
C'est moins,
Et si je dis un peu
C'est rien.
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E-TEXT
Poèmes : 1980-1987
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Créateur, nourri de redite
Du déjà-su, du passager,
Ton nouveau nous semble étranger
Car la mémoire estompe vite.
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L'oubli, sans cesse, nous invite
A suivre un néo-messager,
Créateur nourri de redite
Du déjà-su, du passager.
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Tu ne peux jamais qu'arranger
Quelque vieillerie en faillite,
Dont tu retires le mérite ;
Ton sceau toujours sera léger,
Créateur nourri de redite.
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Suis-je bien un artiste ?
Tout au plus un artisan triste
Qui se forge une chaîne de regrets ;
Ma nature s'y prête ; je me fais
Des maillons si beaux, si faux. LISTE
DES REGRETS D'UN ARTISAN TRISTE :
Amours - Libertés - Paix.
Suis-je bien un artiste ?
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Aux dieux ma nature se prête,
(Je traîne mon boulet).
Si je crois les occire,
Ils ressuscitent en secret :
L'empire (en pire)
Du naturel décret
Est l'Art ; et me voilà poète ! ?
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Aller au fond de l'Art
C'est bayer au néant.
Il ne sied à l'humain
Que de rester petit.
Aussi, quand on vous dit :
"Cet homme est un géant !"
Comprenez : un grand nain,
Ou comprenez jobard.
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A celui qui vise une fin
Elle promet déconvenue ;
Chose accomplie est inconnue
A celui qui vise une fin ;
Pour notre pauvre cerveau-nain,
L'espoir est lueur du matin
Qui s'évanouit la nuit venue.
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Tu n'attend Bien de nulle part,
En supposant toujours le pire ;
Ce qu'il advient ne peut te nuire :
Tu n'attends Bien de nulle part.
Pour toi, du Sort le moindre écart
N'est jamais que du norMal, car
Tu n'attends Bien de nulle part.
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Il avance cynique,
Il avance sanglant
Du sang de sa technique ;
Il marche en reculant,
Du "progrès" plein la bouche" ;
Il prépare la couche
Du néant.
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Un piéton piétinant,
Piètre,
A la quête d'un maître,
Grand,
Si possible un géant
Brillant comme une étoile ;
Mais sa nature est pâle
En regard de ses voeux,
Pieux.
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- A regarder vivre l'humain,
Je m'offre douce la pensée
Qu'au jour venu de la pesée,
De fléau Dieu n'aura besoin.
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L'étalon-moche est un Terrien,
A regarder vivre l'humain.
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- Crois-tu qu'ailleurs, même l'idée
Fleurit de ce que tu dis Bien ?
- Oui, là-haut, l'âme du Martien
S'en tirera d'être jugée
A regarder vivre l'humain.
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LECON PRESQUE HISTORIQUE
Au fond de sa caverne
L'Homo Faber créa l'outil.
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RECTIFICATION
Dès la prime caserne
L'Homo Sapiens pensait fusil.
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Liberté la Belle,
Label Liberté ;
Etiquette à lois d'alois pour nuire ;
Complice d'iniquité :
Un mot cécité,
Oriflamme pour soutenir l'ire ;
Seule tu ne veux rien dire :
Un mot mutité,
Un mot surdité.
Enfante donc la querelle,
Label Liberté,
Parmi ceux qui t'ignorent plurielle,
Liberté la Belle !
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Science et religion
Grenouille, à genoux de la sorte,
Tu finiras par tuer Dieu
D'ennui.
Grenouille, à genoux de la sorte,
Tu coasses d'une foi forte
Qu'à Son image t'a fait Dieu.
Autant avouer qu'Il peut peu ;
Lors on comprend qu'Il te supporte,
Grenouille, à genoux de la sorte.
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Quand l'alchimiste en conscience,
Oeuvrait secret, loin du commun,
Il savait son trésor malsain
Aux mains de certaine puissance.
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Mais aujourd'hui, la sapience
Erre au logis noir du Malin,
Quand l'alchimiste en conscience
Oeuvre secret, loin du commun.
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A vendre son indépendance,
On travestit l'Art en putain.
La Pierre ne nous promet rien
Que de nous conduire au silence,
Quand l'alchimiste, en conscience,
Oeuvre en secret, loin du commun.
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Tu te coinces les doigts
Dans ton joujou quantique ;
Tu déméninges, tu t'enlises
Dans quelque théorie-cantique ;
Tu t'empiètres dans des sottises,
Et ton "je sais" devient "je crois".
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Le temps
De tic en tac Khronos avance,
Mais sans cadran le mythe fond ;
Le dieu devient un moribond,
Privé du cycle, son essence.
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Dans le cosmos la cohérence
Semble d'horloge ; et tournant rond,
De tic en tac Khronos avance ;
Mais sans cadran le mythe fond.
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Du Temps quelle est la consistance
Si sans repère il fait faux bond ?
Que voyons-nous dès lors au fond
De notre humaine conscience ?
De tic en tac Khronos avance.
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Avant, après...
Dans le néant d'avant la vie,
Non-être, non-lieu, non-nommé,
Creuse pour trouver inhumé
Le secret que le sage envie.
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L'esprit par la croyance obvie,
Car son destin est arrimé
Dans le néant d'avant la vie,
Non-être, non-lieu, non-nommé.
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Ta conscience inassouvie
Veut croire un après animé ?
Hélas ! tu verras exhumé
Ceci : que la mort te convie
Dans le néant d'avant la vie.
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Tu veux vivre longtemps ;
Tu veux, ivre de temps
Mourir content,
Comptant.
Quand tu vivrais mille ans,
La mort jamais ne t'ôtera que ton présent.
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Du passé au futur, le lien
N'est rien que le désir présent
D'abolir le néant.
L'avant, l'après, n'ont qu'un témoin:
Le maintenant.
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Cosmos
Je vois, affamés, dans le fond
Du trou des ténèbres infâmes,
Guettant les confiantes âmes,
Des animaux qui vont en rond.
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Je vois, dans la sombre coupole,
Musca, Serpens et Scorpio,
Ursa, Lupus, Lynx et Leo,
Danser leur féroce carole.
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Ce cauchemar démentiel
Me hante à la première belle
Nuit. Seigneur, à Vous j'en appelle :
Je ne veux point monter au Ciel !
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A Julie,
La Comète a laissé choir
Un petit bout d'étrange
Que j'ai glissé dans mon mouchoir
Car je crois bien que c'est un ange.
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J'ai posé une étoile
Sur ma table de nuit ;
Elle y scintille, pâle,
Sans bruit.
A celle qui me presse,
Dès la prime caresse
- Jalousie ou pudeur -
D'éteindre la lueur,
Je dis
Que souffler une étoile
N'est pas chose banale.
Aussi,
Je garde mon étoile
Sur ma table de nuit ;
Je vis mon rêve pâle,
Tout seul.
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La dixième planète
Au-delà de Pluton
Où le soleil abdique au Néant sa couronne,
Un monde d'abandon :
Captive ou fugitive, tourne en l'ombre Perséphone.
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Amours...
D'aimer j'ai fait une croyance,
Car vivre tient seul à l'écran
D'un ciel qui masque le néant.
Comme l'azur n'a de brillance
Qu'au paradis de mon vivant,
Et que Dieu mort porte carence,
Je chimérise en conscience :
D'aimer j'ai fait une croyance.
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D'outre-coeur un retour
Parfois semble une injure ;
Oui, d'un mot la morsure
Peut détruire un amour.
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Mon coeur, qu'as-tu qui me reprends ?
Je t'avais mis au cimetière
De mes émois, sous une pierre
Gravée au saint nom de Néant.
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Il ne me reste maintenant
Qu'à patienter que l'on m'enterre,
Mon coeur.
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Mais tu me semble moins vaillant ;
Ma peine devient familière,
Ayant perdu son dard. Misère !
Si tu n'es plus qu'un mort-vivant,
Mon coeur !
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à C.
Ici naît le poème
Qu'ensemble nous aurons
Peut-être.
Comme il faut craindre Eros, le traître,
Les devants nous prendrons.
Si tu le veux, femme que j'aime,
D'épithalame en épitaphe nous irons :
Ci-gît notre poème...
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Sous quelle étoile suis-je né ?
A vivre las et solitaire
- Veau résigné, aigle sans aire ? -
Le Ciel m'aurait donc condamné ?
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Quand le destin enraciné
Permettra-t-il ce que j'espère,
Sous quelle étoile ? Suis-je né
A vivre las et solitaire ?
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Un avenir plus fortuné
Tient du penser imaginaire ;
Mon coeur s'apprête de se taire ;
Il n'aura que trop marmonné :
Sous quelle étoile suis-je né ?
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Quand son amour s'est envolé,
Sans un regret, l'oreille sourde,
Le marri, d'une rancoeur lourde,
De n'aimer plus s'est consolé.
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(Des pleurs le flot incontrôlé
Peut faire crever un coeur-gourde,
Quand son amour s'est envolé,
Sans un regret, l'oreille sourde.)
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Mais vite il a reconvolé
Pour mesurer tantôt sa bourde
- Les coeur et rancoeur plus lourds de
Ce qu'il n'a vraiment pas volé -
Quand son amour s'est envolé.
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