LA CAROLE  NIELROW

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En avant-propos

Aimer comment ?

Dire je t'aime,
Et c'est tout :
Cela n'a pas de suite ;
Car si je dis beaucoup,
C'est moins,
Et si je dis un peu
C'est rien.

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Si tu veux tuer l'Art,

Descends-le dans la rue.

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INVENTEUR OU ARTISTE

Créateur, nourri de redite

Du déjà-su, du passager,

Ton nouveau nous semble étranger

Car la mémoire estompe vite.

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L'oubli, sans cesse, nous invite

A suivre un néo-messager,

Créateur nourri de redite

Du déjà-su, du passager.

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Tu ne peux jamais qu'arranger

Quelque vieillerie en faillite,

Dont tu retires le mérite ;

Ton sceau toujours sera léger,

Créateur nourri de redite.

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Suis-je bien un artiste ?

Tout au plus un artisan triste

Qui se forge une chaîne de regrets ;

Ma nature s'y prête ; je me fais

Des maillons si beaux, si faux. LISTE

DES REGRETS D'UN ARTISAN TRISTE :

Amours - Libertés - Paix.

Suis-je bien un artiste ?

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Aux dieux ma nature se prête,

(Je traîne mon boulet).

Si je crois les occire,

Ils ressuscitent en secret :

L'empire (en pire)

Du naturel décret

Est l'Art ; et me voilà poète ! ?

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Aller au fond de l'Art

C'est bayer au néant.

Il ne sied à l'humain

Que de rester petit.

Aussi, quand on vous dit :

"Cet homme est un géant !"

Comprenez : un grand nain,

Ou comprenez jobard.

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A celui qui vise une fin

Elle promet déconvenue ;

Chose accomplie est inconnue

A celui qui vise une fin ;

Pour notre pauvre cerveau-nain,

L'espoir est lueur du matin

Qui s'évanouit la nuit venue.

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Tu n'attend Bien de nulle part,

En supposant toujours le pire ;

Ce qu'il advient ne peut te nuire :

Tu n'attends Bien de nulle part.

Pour toi, du Sort le moindre écart

N'est jamais que du norMal, car

Tu n'attends Bien de nulle part.

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HOMO FABER

Il avance cynique,

Il avance sanglant

Du sang de sa technique ;

Il marche en reculant,

Du "progrès" plein la bouche" ;

Il prépare la couche

Du néant.

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HOMO SAPIENS

Un piéton piétinant,

Piètre,

A la quête d'un maître,

Grand,

Si possible un géant

Brillant comme une étoile ;

Mais sa nature est pâle

En regard de ses voeux,

Pieux.

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- A regarder vivre l'humain,

Je m'offre douce la pensée

Qu'au jour venu de la pesée,

De fléau Dieu n'aura besoin.

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L'étalon-moche est un Terrien,

A regarder vivre l'humain.

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- Crois-tu qu'ailleurs, même l'idée

Fleurit de ce que tu dis Bien ?

- Oui, là-haut, l'âme du Martien

S'en tirera d'être jugée

A regarder vivre l'humain.

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LECON PRESQUE HISTORIQUE

Au fond de sa caverne

L'Homo Faber créa l'outil.

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RECTIFICATION

Dès la prime caserne

L'Homo Sapiens pensait fusil.

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LIBERTE DE...

Liberté la Belle,

Label Liberté ;

Etiquette à lois d'alois pour nuire ;

Complice d'iniquité :

Un mot cécité,

Oriflamme pour soutenir l'ire ;

Seule tu ne veux rien dire :

Un mot mutité,

Un mot surdité.

Enfante donc la querelle,

Label Liberté,

Parmi ceux qui t'ignorent plurielle,

Liberté la Belle !

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Science et religion

Grenouille, à genoux de la sorte,

Tu finiras par tuer Dieu

D'ennui.

Grenouille, à genoux de la sorte,

Tu coasses d'une foi forte

Qu'à Son image t'a fait Dieu.

Autant avouer qu'Il peut peu ;

Lors on comprend qu'Il te supporte,

Grenouille, à genoux de la sorte.

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Quand l'alchimiste en conscience,

Oeuvrait secret, loin du commun,

Il savait son trésor malsain

Aux mains de certaine puissance.

*

Mais aujourd'hui, la sapience

Erre au logis noir du Malin,

Quand l'alchimiste en conscience

Oeuvre secret, loin du commun.

*

A vendre son indépendance,

On travestit l'Art en putain.

La Pierre ne nous promet rien

Que de nous conduire au silence,

Quand l'alchimiste, en conscience,

Oeuvre en secret, loin du commun.

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Tu te coinces les doigts

Dans ton joujou quantique ;

Tu déméninges, tu t'enlises

Dans quelque théorie-cantique ;

Tu t'empiètres dans des sottises,

Et ton "je sais" devient "je crois".

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Le temps

De tic en tac Khronos avance,

Mais sans cadran le mythe fond ;

Le dieu devient un moribond,

Privé du cycle, son essence.

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Dans le cosmos la cohérence

Semble d'horloge ; et tournant rond,

De tic en tac Khronos avance ;

Mais sans cadran le mythe fond.

*

Du Temps quelle est la consistance

Si sans repère il fait faux bond ?

Que voyons-nous dès lors au fond

De notre humaine conscience ?

De tic en tac Khronos avance.

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Avant, après...

Dans le néant d'avant la vie,

Non-être, non-lieu, non-nommé,

Creuse pour trouver inhumé

Le secret que le sage envie.

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L'esprit par la croyance obvie,

Car son destin est arrimé

Dans le néant d'avant la vie,

Non-être, non-lieu, non-nommé.

*

Ta conscience inassouvie

Veut croire un après animé ?

Hélas ! tu verras exhumé

Ceci : que la mort te convie

Dans le néant d'avant la vie.

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Tu veux vivre longtemps ;

Tu veux, ivre de temps

Mourir content,

Comptant.

Quand tu vivrais mille ans,

La mort jamais ne t'ôtera que ton présent.

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Du passé au futur, le lien

N'est rien que le désir présent

D'abolir le néant.

L'avant, l'après, n'ont qu'un témoin:

Le maintenant.

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Cosmos

LA CAROLE NIELROW

Je vois, affamés, dans le fond

Du trou des ténèbres infâmes,

Guettant les confiantes âmes,

Des animaux qui vont en rond.

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Je vois, dans la sombre coupole,

Musca, Serpens et Scorpio,

Ursa, Lupus, Lynx et Leo,

Danser leur féroce carole.

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Ce cauchemar démentiel

Me hante à la première belle

Nuit. Seigneur, à Vous j'en appelle :

Je ne veux point monter au Ciel !

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A Julie,

La Comète a laissé choir

Un petit bout d'étrange

Que j'ai glissé dans mon mouchoir

Car je crois bien que c'est un ange.

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J'ai posé une étoile

Sur ma table de nuit ;

Elle y scintille, pâle,

Sans bruit.

A celle qui me presse,

Dès la prime caresse

- Jalousie ou pudeur -

D'éteindre la lueur,

Je dis

Que souffler une étoile

N'est pas chose banale.

Aussi,

Je garde mon étoile

Sur ma table de nuit ;

Je vis mon rêve pâle,

Tout seul.

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La dixième planète

Au-delà de Pluton

Où le soleil abdique au Néant sa couronne,

Un monde d'abandon :

Captive ou fugitive, tourne en l'ombre Perséphone.

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Amours...

TRANSFERT

D'aimer j'ai fait une croyance,

Car vivre tient seul à l'écran

D'un ciel qui masque le néant.

Comme l'azur n'a de brillance

Qu'au paradis de mon vivant,

Et que Dieu mort porte carence,

Je chimérise en conscience :

D'aimer j'ai fait une croyance.

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D'outre-coeur un retour

Parfois semble une injure ;

Oui, d'un mot la morsure

Peut détruire un amour.

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Mon coeur, qu'as-tu qui me reprends ?

Je t'avais mis au cimetière

De mes émois, sous une pierre

Gravée au saint nom de Néant.

*

Il ne me reste maintenant

Qu'à patienter que l'on m'enterre,

Mon coeur.

*

Mais tu me semble moins vaillant ;

Ma peine devient familière,

Ayant perdu son dard. Misère !

Si tu n'es plus qu'un mort-vivant,

Mon coeur !

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à C.

Ici naît le poème

Qu'ensemble nous aurons

Peut-être.

Comme il faut craindre Eros, le traître,

Les devants nous prendrons.

Si tu le veux, femme que j'aime,

D'épithalame en épitaphe nous irons :

Ci-gît notre poème...

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Sous quelle étoile suis-je né ?

A vivre las et solitaire

- Veau résigné, aigle sans aire ? -

Le Ciel m'aurait donc condamné ?

*

Quand le destin enraciné

Permettra-t-il ce que j'espère,

Sous quelle étoile ? Suis-je né

A vivre las et solitaire ?

*

Un avenir plus fortuné

Tient du penser imaginaire ;

Mon coeur s'apprête de se taire ;

Il n'aura que trop marmonné :

Sous quelle étoile suis-je né ?

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INDECROTTABLE

Quand son amour s'est envolé,

Sans un regret, l'oreille sourde,

Le marri, d'une rancoeur lourde,

De n'aimer plus s'est consolé.

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(Des pleurs le flot incontrôlé

Peut faire crever un coeur-gourde,

Quand son amour s'est envolé,

Sans un regret, l'oreille sourde.)

*

Mais vite il a reconvolé

Pour mesurer tantôt sa bourde

- Les coeur et rancoeur plus lourds de

Ce qu'il n'a vraiment pas volé -

Quand son amour s'est envolé.

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