NIELROW
Le classement linéaire informatisé (1985 / 1998 / 2004)
ou système simple de classement des bibliothèques
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E-text : tous droits réservés
Utilisation et diffusion libre si non commerciale
E-MAIL : nielrow.books@gmail.com
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INTRODUCTION
La simplicité forme le génie. Car si le génie est une longue patience, ainsi que l'affirmait Buffon, il se dissipe dans les méandres de la complication.
Le génie se forme aussi par la lecture, et quel endroit devrait être le plus propice à chercher et trouver sinon une bibliothèque. Disons tout de suite qu'il faut beaucoup de courage pour aller fouiller dans nos bibliothèques actuelles ; elles présentent toutes ou presque les mêmes tares originelles : incomplètes, inaccessibles, peu avenantes, compliquées dans leur agencement et leurs classements des ouvrages. La patience n'est pas la moindre des qualités qu'il faut posséder pour se lancer dans la recherche.
Les plus prestigieux établissements parisiens tels que Beaubourg, la Bibliothèque Nationale et la Nouvelle Bibliothèque dite Bibliothèque Mitterrand, celles de l'Arsenal, de La Villette, et bien d'autres, ainsi que quasiment toutes les bibliothèques municipales de France présentent toutes les mêmes caractéristiques. Elles donnent dans le labyrinthe qu'elles sont chacune quant au classement de leurs fonds.
Cet état de fait est dû à plusieurs raisons :
- Le nombre des volumes mis sur le marché augmente.
- Le nombre des lecteurs augmente, ce qui peut paraître paradoxal au vu de ce que je dis plus haut. Mais une chose est d'entrer, ou de tenter d'entrer dans une bibliothèque, autre chose est de s'y sentir à l'aise parmi les volumes et de pouvoir y accéder.
- La qualification du personnel est en nette régression quand il s'agit des catégories d'exécution. Parfois l'accueil du public est confié à des gens qui ne connaissent ni les auteurs, ni les ouvrages. Il s'agit le plus souvent de personnels sans aucune culture générale. Le phénomène se retrouve d'ailleurs dans les librairies où par exemple nous nous sommes entendu dire que Le corbeau poème d'Edgar Poe n'existait en aucune édition, voire n'existait pas du tout.
- L'équipement demeure insuffisant dans beaucoup d'établissements. Pas ou peu de copieurs.Pas de lecteurs laser. Pas d'ordinateurs. Pas de place, etc.
- La pollution médiatique entraîne les bibliothèques à acheter des livres qui se vendent, - on se demande pourquoi, puisqu'elles ne font que les prêter - les administrations croyant qu'ils seront d'autant plus lus, ce qui est faux ; acheter un livre ne veut pas dire qu'on va le lire. Le nombre de livres sans intérêt croît d'une manière exponentielle par rapport au nombre d'ouvrages édités.
- Enfin, et je ne parlerai ici que de lui, le classement Dewey qui fait figure de référence dinosauresque au temps de l'informatique, apparaît comme un repoussoir à tout génie potentiel. C'est l'outil dévastateur des esprits et des budgets par excellence : des esprits, car qui demande au Dewey de le guider ou de l'aider à rechercher un ouvrage, se verra bientôt contraint au découragement ; des budgets, car qui veut appliquer le Dewey dans une bibliothèque, doit acquérir plusieurs ouvrages afin de pouvoir les référencer sous différents numéros dans le cas où ils relèvent de domaines divers.
La critique est facile, dira-t-on, mais je ne veux ici qu'indiquer un moyen simple d'amélioration de la consultation, érudite ou pas.
C'est essentiellement sur le classement des livres, et pourquoi pas des autres supports, que mon travail a porté, car étant capital pour des recherches faciles dans les bibliothèques.Il est basé uniquement sur l'outil informatique, utilisé en l'occurrence des deux côtés de la barrière, à savoir le personnel et le lecteur.
D'ailleurs, il est possible que l'avenir nous offre une ou des bibliothèques toutes différentes de celles que nous connaissons aujourd'hui. Les textes électroniques (numériques ou numérisés) fleurissent sur l'internet, et sur des supports relativement nouveaux comme le disque laser ou CDROM. Le classement qui y règne déjà a relegué le Dewey aux oubliettes. Il se profile à l'horizon quelque chose comme une bibliothèque unique sur réseau, vivante au contraire de nos vieilles institutions qui par maints côtés ressemblent à des cimetières.
Enfin, nous avons nous-même testé le procédé pour notre propre bibliothèque qui comprends environ 5000 références, essentiellement dans les sciences, la philosophie, la littérature. Nous en sommes ravis.
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Nous savons que les bibliothèques restent impropres à la recherche. Il nous faut donc un système simple, accessible à tous qui permette de trouver un livre (ou un autre support) en quelques secondes.
Nous savons que le classement Dewey, comme l'international, et comme tous les autres, sont impropres au classement rationnel en raison de la multiplicité des catégories qui se chevauchent les unes les autres. En effet, comment classer par exemple un ouvrage collectif qui traite en dix ou vingt chapitres de la psychologie, de la tectonique des plaques, de la médecine, etc, comme c'est le cas dans divers ouvrages récapitulatifs des sciences d'une époque ou d'un pays ? Allons-nous acheter dix ou vingt exemplaires de ce livre ? Il peut certes être référencé dans une catégorie "collectifs" puis localisé quelque part, mais si cela ne pose aucun problème pour le bibliothécaire, cela risque d'être ardu pour le chercheur qui va passer son temps à feuilleter les index, les livres, puis qui va se perdre dans un rayon, pour enfin avoir la rage au coeur de voir que son bouquin n'est pas à sa place ou a été prêté.
Le système unique que nous proposons permet :
- de faire des économies.
- de classer sans efforts de recherche ni de classement les livres sur leur rayon.
- de permettre à tout un chacun de voir immédiatement si le livre est disponible.
- de trouver immédiatement le livre sur son rayon.
Et cela quelque soit l'importance en nombre de volume de la bibliothèque.
I - LE PRINCIPE
Si le classement absolu par catégories ou domaines (0 à 9 chez Dewey) est impossible gérer, alors il ne faut plus catégoriser.
Il suffit de numéroter les ouvrages chronologiquement dans l'ordre de leur dépôt en rayon (souvent dans l'ordre de leur acquisition).
Plus besoin de lettres assorties de chiffres, ou de nombres ésotériques, d'affichage non moins incompréhensible pour le public en début d'allée ou sous les plafonds.
Au dos de chaque volume figure son numéro. Le premier livre d'une bibliothèque aura le numéro 1, le deuxième le 2, et ainsi de suite jusqu'au dernier qui représentera le nombre total de volumes que possède l'établissement.
Dans le même temps, ce numéro sera saisi dans un fichier informatique, une base de données, accompagné de tous les renseignements que l'on voudra bien y entrer, au minimum le nom de l'auteur et le titre de son oeuvre.
Ce fichier informatique devra être consultable par le lecteur au moyen de bornes spécialisées, comme cela existe déjà d'ailleurs.
Quant au livre lui-même, il sera placé en rayon à côté du précédent acquis, sans considération du domaine auquel il appartient. Victor Hugo pourra ainsi côtoyer Einstein, et Molière avoir à droite Bergson et à sa gauche encore Bergson.
C'est tout !
II - CAS PARTICULIERS
1) L'objection principale à ce type de rangement linéaire est la suivante : comment faire avec des supports dissemblables ou de formats par trop différents ?
En effet les formats des livres peuvent parfois poser des problèmes sinon de symétrie du moins de tenue en rayons : il suffira pour les plus petits formats :
- soit de les enfermer dans une boîte(un coffret) d'un format supérieur (numérotée elle aussi).
- soit d'installer des rayons à alvéoles mobiles, chaque volume occupant une alvéole.
Si l'on désire ranger côte à côte des supports différents, par exemple des livres et des disques, on agira de même, encore qu'une salle par support puisse être envisagée si la place ne manque pas.
2) Qu' advient-il des fiches manuelles ?
Elles disparaissent tout simplement. Plus besoin de fiches multiples pour répertorier un seul ouvrage. Cependant l'informatique permet de sortir sur imprimante des listing renseignés à volonté, si on le désire. En fait les fiches manuelles sont remplacées par les bornes informatiques.
Dans tous les cas, le fichier central informatique devra être unique, ou s'il y a plusieurs fichiers, leurs connections entre eux devont être totalement transparentes à l'utilisateur. Les éléments de la base de données sont entrés au fur et à mesure de leur mise à disposition du public. La recherche devra pouvoir s'effectuer à partir d'un mot sur tous les champs des fiches renseignées.
Ainsi et par exemple, la consultation d'une telle base offrira au cours de la recherche de l'auteur Rameau, une réponse telle que celle-ci :
- Rameau (Jean-Baptiste) : Traité d'harmonie. N° 128 : livre...
- Rameau (Jean-Baptiste) : Oeuvres pour clavecin. N° 317 : partition numérisée...
- Rameau (Jean-Baptiste) : Opéras. N° 356 : CDROM...
- ...
Ce qui permettra au chercheur d'avoir sous les yeux tout ce que la bibliothèque possède de Rameau.
De ceci il ressort qu'on aura intérêt à ce que chaque entrée (fiche informatique) soit bien renseignée : numéro de référence, nom, prénom de l'auteur, dates de naissance et de décès, nom de l'interprète, du traducteur,etc., titre de l'oeuvre, nombre de volumes, date d'achat, éditeur, collection, support, format, etc, disponibilité, nombre d'exemplaires disponibles, etc. Une notice composée de mots soigneusement choisis est indispensable pour la recherche ultérieure ; des mots-clés représentatifs des domaines concernés par l'oeuvre seront d'un précieux secours au chercheur.
3) Quels sont les autres avantages du classement linéaire ?
- Il soulage le travail du bibliothécaire qui peut se consacrer à l'établissement de notices informatisées complètes.
- Il évite les erreurs de classement.
- Il permet de s'apercevoir de l'absence d'un ouvrage de visu.
- Il permet toute la gestion de toute la bibliothèque.
- Il ne pose plus aucun problèmes au chercheur.
- Il permet de flâner au gré de sa fantaisie, si l'on n'a pas de titre précis à consulter.
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QUELQUES REFLEXIONS SUR LE LIVRE ET LES BIBLIOTHEQUES
1) La mission de conservation de certaines bibliothèques doit s'accompagner d'une mission de reproduction (qui est aussi de la conservation en un certain sens) en vue de la diffusion. Un manuscrit enluminé, un livre rare, un enregistrement introuvable, en un mot, un document jamais consulté est comme s'il n'existait pas. Ici, le rôle des conservateurs est prépondérant. Mais sont-ils toujours objectifs dans leurs choix en vue de la reproduction, quand choix il y a ? Je ne m'étends pas en outre sur les risques qu'il y a de ne posséder qu'un seul exemplaire d'ouvrages rares, ou de manuscrits ; sans remonter à Alexandrie, souvenons-nous de la catastrophe de Sarajevo il n'y a pas bien longtemps.(1)
2) Le texte électronique semble avoir de l'avenir. Il permet
de se
monter une bibliothèque dite virtuelle, sans prendre de
place, et
sans grands problèmes de conservation. Maints textes
introuvables
et du domaine public ont déjà
été publiés
sous cette forme et c'est tant mieux. La tâche à
accomplir reste
néanmoins considérable. Et nous pouvons d'ores et
déjà
affirmer que le quidam moyen aura à sa disposition dans
quelques
années, l'équivalent de la totalité du
contenu imprimé
de la Bibliothèque Nationale sur un seul disque
numérique.
Pour l'heure, il est malheureux de voir qu'actuellement des
bibliothèques
se fourvoient, du moins provisoirement, dans la mise en forme
numérique
de textes qui n'ont pas de caractère urgent : Montaigne
numérisé ne présente qu'un
intérêt mineur
(sauf s'il s'agit des manuscrits), étant disponible partout
à
faible prix (2). Par contre on aimerait trouver les images
électroniques
des Très riches heures du Duc de Berry(3).
La France, encore
une fois, va-t-elle se retrouver à la remorque de nos
voisins ? La
Bibliothèque Nationale fait actuellement un effort louable
en ce sens,
mais ses productions ne sont pas toutes dignes d'elle. Victor Hugo a
bien
le temps de se voir numérisé (2). On peut
soupçonner
cette vénérable institution de vouloir
à terme monnayer
les reproductions de ses ouvrages rares, ce qui n'est pas dans sa
vocation.
Il s'agit d'une bibliothèque nationale et non d'une officine
à
but lucratif. Si vraiment c'était le cas, nous nous
retrouverions
dans une situation analogue à la situation
antérieure,
c'est-à-dire celle où pour consulter un ouvrage
rue de Richelieu,
il fallait montrer patte blanche ou avoir des relations, sauf qu'ici le
laisser-passer présenterait l'image d'un billet de banque
(4).
3) L'entrée des bibliothèques peut être
payante, mais
à un prix modique, très modique. Imaginons qu'un
amateur de
livres moyennement fortuné consulte
régulièrement dans
cinq ou six bibliothèques, il ne pourra le faire que si
leurs tarifs
sont acceptables pour sa bourse. Quant à reverser, comme
certains
l'ont proposé, des royalties aux auteurs ou
éditeurs, la question
ne devrait même pas se poser, l'ouvrage ayant
été en
général déjà
payé par la bibliothèque.
La question est plus pertinente s'il s'agit de faire payer les
photocopies,
ou tout autre moyen de reproduction ; quelques centimes sur une copie
n'est
pas la mort, à condition que l'ouvrage reproduit soit encore
disponible
dans les librairies. Pour ce qui concerne les
épuisés, la copie
devrait être libre de tous droits (sauf le prix de la copie
s'entend),
sinon les éditeurs auront beau jeu de dormir sur leurs
lauriers et
de se dispenser d'effectuer de nouvelles éditions.
L'application de
ces principes n'est pas aisée, surtout si l'on a affaire
à
des systèmes de reproduction en libre accès, mais
possible
dans les autres cas.
4) La diffusion par l'internet de textes électroniques prend
actuellement
son essor dans les pays anglo-saxons surtout. Il existe des sites qui
se
sont spécialisés dans l'acquisition de tels
textes. Il est
bon d'encourager les amateurs de livres de formater les leurs, du moins
ceux
qui sont rares et anciens. On a prétendu que la diffusion
des textes
électroniques serait préjudiciable aux
éditeurs. Et
alors ? serais-je tenté de répondre, si ces
derniers
-principalement les grandes maisons- ne font pas leur travail de
réédition, en ce qui touche le domaine public
bien sûr.
Ce qui est sûr, c'est qu'un livre tombé dans le
domaine public
est libre de droits, et donc diffusable à
volonté. A eux de
nous offrir des éditions, des traductions, des commentaires,
dignes
de leur métier. A ce moment là, chacun y trouvera
son compte.
En France, à ce jour, par exemple, Bentham est bien
difficile à
trouver, ne parlons pas de Maupertuis, de Benjamin Franklin, de
Choiseul,
de Buffon, ou de Linné.
Dernièrement on assiste à un revirement de la
part de certains
sites offrant des textes digitalisés ; en effet ils
permettent
l'accès aux fonds sous réserve pour le lecteur
d'avoir souscrit
un abonnement payant, ou sous la condition de faire partie de
l'organisme
propriétaire (université par exemple) ou encore
à condition
d'avoir une carte de lecteur dans une bibliothèque
affiliée
à leur réseau ; c'est le droit des organismes
commerciaux si
les livres numérisés qu'ils font payer sont leur
propriété ; par contre, et cela existe, ils font
également
payer des digitalisations d'ouvrages de bibliothèques
publiques, et
çela n'est pas admissible ; on remarquera
également que la
Bibliotèque Nationale de France à
côté de produits
(images surtout) libres de droits, garde pour elle les droits des
ouvrages
numérisés (5) ; c'est normal en ce qui concerne
l'aspect commercial
du problème ; ça l'est moins, pour la diffusion
gratuite par
une personne autre que la Bnf elle-même.
5) Le prix du livre neuf est encadré. Comme ailleurs donc, les considérations économiques ont pris le pas sur la culture. Les petits libraires, qui ont été les alibis pour le vote de la loi en cause, n'en sont pas plus sauvés. Il faut dire que le métier demande de la constance et de la culture, et en ce qui concerne cette dernière surtout, sa rareté est sa principale caractéristique. Les seuls "petits libraires" qui s'installent actuellement sont les maillons de chaînes commerciales plus ou moins franchisés, et dont le credo est le profit, pas la lecture. Alors on peut toujours se rabattre sur les marchés et les foires aux livres, les boutiques d'occasions, ou plus rarement les bouquinistes des quais de Seine (deux ou trois seulement parmi ces derniers).
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CONCLUSION
On ne peut pas tout dire sur le sujet, mais l'amorce en est donnée. A d'autres d'en profiter, voire d'améliorer le système de classement linéaire. On nous reprochera de n'avoir rien inventé. Cela nous ne le savons que trop :
Créateur, nourri de redite...
......
Tu ne peux jamais qu'arranger
Quelques vieilleries en faillite...
mais nous l'avons diffusé clairement j'espère, car il nous semble n'être qu'une potentialité. Il ne reste aux responsables de bibliothèques que d'oser l'appliquer.
(1) Et de celle de Lyon un peu plus tard ; puis celle de
Bagdad en 2003
; il y en aura encore bien d'autres.
(2) Ce passage est aujourd'hui obsolète.
(3) Le Musée de Chantilly publiera un cdrom des
Très riches
heures du Duc de Berry en mars 2004.
(4) Il y a encore un peu de ça actuellement
à la
Bibliothèque Mitterrand (2004).
(5) La Bibliothèque nationale de France est
titulaire des droits
d'auteur sur le site "Gallica". Pour un usage strictement
privé, la
reproduction du contenu de ce site est libre. Dans le cadre de
communication,
d'édition ou autres actions à
caractère professionnel,
ne sont autorisées que les courtes citations sous
réserve de
la mention BnF/Gallica. Tout autre reproduction ou
représentation,
intégrale ou substantielle du contenu de ce site, par
quelque
procédé que ce soit, doit faire l'objet d'une
autorisation
expresse de la BnF (dixit Bnf).
Fin
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W : Nielrow, vous avez entrepris un projet de bibliothèque
numérique
sur l'internet...
N : Depuis 1998 un site tourne cahin-caha, qui s'appelle aujourd'hui Nielrow
Books and Links et qui a débuté tout
petit, sans liens
; il s'agissait juste d'un catalogue personnel, celui de ma propre
bibliothèque, qui comptait cinq mille livres environ. Puis
quelques
liens numérisés par d'autres - de livres que je
possédais
-, sont venus compléter la page unique d'alors ; au fil du
temps j'ai
augmenté le nombre de pages web et partant, de liens ;
entre-temps
la bibliothèque a fait l'acquisition d'un scanner ce qui a
permis
de numériser des ouvrages.
W : Vous pointez souvent dans vos pages sur la Bibliothèque
Nationale
de France, pourquoi ?
N : A ce jour, c'est le nec plus ultra de la numérisation
dans le
pays ; des milliers de livres quasiment des origines au
XXème siècle
; pourquoi voulez-vous que je numérise des livres qui sont
déjà en ligne ? Certes on pourrait objecter qu'il
faudrait
travailler sur d'autres versions ou d'autres éditions de ces
livres
; on verra plus tard ; en attendant l'urgent est de
numériser ce qu'on
ne trouve pas sur le net.
W : Par exemple ?
N : Les Lettres à une princesse d'Allemagne d'Euler ; personne
ne l'avait fait, gratuitement du moins, car précisons tout
de même,
tout ce que fait la bibliothèque est gratuit ; Les Intructions
signalétiques de Bertillon sont un autre exemple.
W : Gros travail ?
N : Oui, et d'ailleurs pour certains textes en mode image, le nettoyage
des
pages a été reporté à plus
tard, voire aux calendes
grecques ; le principal reste la disponibilité des textes.
W : Vous lisez ?
N : Moins que je ne le souhaiterais ; on me demande souvent si je lis
tous
ce que j'achetais et tout ce que je télécharge ;
et bien non
; comment cela serait-il possible ? Mais j'en lis certains du
début
à la fin, j'en relis, j'en parcours les pages de certains
autres,
je les laisse de côté, j'y reviens, je les
abandonne
tout-à-fait ou je les lis entièrement ; quant aux
dictionnaires,
je les consulte seulement...
W : Vous avez employé le passé pour le verbe
acheter ; est-ce
à dire que vous achetez moins ?
N : Absolument ; il y a vingt ans j'achetais par an, en moyenne pour
vingt
mille francs de livres, ce qui fait plus de trois mille euros ;
aujourd'hui,
j'en achète pour dix fois moins ; si je dépense
trois cent
euros c'est à peu près tout. Et ça
diminue encore.
W : Le numérique fait des ravages.
N : Probablement ; mais il faudrait étudier cela de plus
près
; car personnellement j'achetais des livres d'occasion pour les trois
quarts
des sommes dépensées ; je me suis
énervé jadis
un jour chez un grand libraire qui vendait un livre de poche 80 francs
environ,
ce qui à l'époque était fort cher ; je
me suis dis que
le jour où on pourrait graver les livres, je ne me ferais
plus escroquer.
Il reste quand même des gens qui achètent des
nouveautés,
les éditeurs n'ont pas encore tous fait faillite ; ce qu'il
faut voir
surtout, c'est le système éditorial subit un
glissement de
terrain ; il se transforme ; s'il ne vend plus de livres il vendra des
disques
numériques.
W : Quels sont vos derniers achats ?
N : Justement, pas un livre mais le cdrom du Musée de
Chantilly :
Les très riches heures du Duc de Berry ;
les éditeurs
n'ont jamais rien fichu pour ce monument du livre, sinon de
pâles copies
incomplètes ; voilà au moins une
édition qui permet
à tous de consulter le chef-d'oeuvre.
W : Vous n'avez pas diffusé le livre sur le net ?
N : Je vous vois venir ; non, bien entendu ; je respecte le droit des
auteurs
; et puis le cdrom n'est pas très cher ; non la
bibliothèque
ne distribue que ce qui est distribuable ; et il y a presque tout ce
qu'il
faut dans le passé pour satisfaire les lecteurs. Ceci dit,
on peut
être scandalisé de la période
légale de 70 ans
et plus après la mort d'un auteur, lesquels ne profitent
qu'aux
héritiers ; aux héritiers quand l'auteur est
connu et reconnu
; sinon, c'est souvent le trou noir d'autant que les
éditeurs ne
rééditent plus rien ; à la
clé un oubli souvent
injuste.
W : Le numérique, c'est l'avenir donc ?
N : Sans doute aucun ; le livre ne disparaîtra pas du jour au
lendemain,
mais nous n'avons pas encore tout vu dans le domaine du support ; dans
vingt
ans le cdrom actuel qui supporte 700 millions d'octets en supportera
une
quantité que nous avons de la peine à imaginer ce
jour ; qui
voudra vendre un livre tout seul aura bien du mal, alors qu'ailleurs on
offrira
une bibliothèque pour le même prix ; la Bnf chez
tout chacun
c'est pour bientôt.
15/09/2004