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ARCHIVES

DE
L'ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE
ET DES SCIENCES PÉNALES

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LES EMPREINTES DIGITALES

Rapport présenté au Congrès d'Anthropologie criminelle de
Genève
par M. FRANCIS GALTON, F. R. S., ancien président de
l'Institut anthropologique de Londres.


Les empreintes digitales rendent déjà de grands services, en
Angleterre et aux Indes, pour les recherches de police. On s'en
sert aussi en France. La grande probabilité de voir s'étendre
leur usage, lorsque la valeur remarquable du système sera plus
généralement connue, montre que le moment est arrivé de faire
des investigations dans les bureaux de police criminelle des
différents pays, pour s'assurer de la nature des divers détails
qui permettront un emploi général de ce système.
    On trouvera dans le dernier livre que j'ai publié (Fingerprint Directories),
chez Macmillan, Londres, 1895) des détails qui,
avec ceux contenus dans un volume antérieur (Finger Prints,
1892), contiennent tout ce que j'avais à dire jusqu'à cette époque.
 Je ne fais par conséquent les remarques suivantes qu'en
renvoyant quiconque désire approfondir la question aux deux
volumes illustrés dont je viens de parler.
    Certaines de mes assertions peuvent aujourd'hui être considérées
comme suffisamment établies pour servir de base aux
progrès à venir. Elles ont été démontrées dans mes livres et
par des expériences publiques dans mon laboratoire (aujourd'hui
fermé) ; elles ont été discutées par des critiques indépendants et
acceptées sans réserve. Ce serait par conséquent perdre un
temps précieux que de récapituler ici les différents arguments et
observations qui justifient ces déclarations, à savoir :

    1 . L'art de prendre des impressions claires des doigts, avec
l'encre d'imprimerie, s'apprend vite ; les geôliers de toutes les
prisons anglaises, par exemple, prennent aujourd'hui d'excellentes
impressions. Ceux qui étudient cette question devront
cependant assister à l'opération, avant d'essayer de la pratiquer.
Cela ne demande qu'un outillage d'imprimerie très simple.

    2. Les patrons formés par le sillonnage, papillaire dont les
bouts des doigts sont garnis restent les mêmes pendant toute la
vie. Cette constance remarquable dans leur appàrence s'applique non
seulement à leur forme générale, mais aux nombreux
détails particuliers à chaque arrangement individuel tel que les
« bifurcations », « îles » et « enclos » dont il existe en moyenne
30 dans le patron de chaque doigt et qui ne chargent jamais.


    3. Les coupures et les cicatrices ne détruisent pas la lisibilité
des patrons, excepté dans les cas extrêmes ; d'un autre côté
leur présence aide à l'identification.

    4. Par la méthode de classification adoptée dans ma collection
expérimentale, composée de plus de 2500 séries d'empreintes
digitales, il est facile de retrouver n*importe quel spécimen
particulier. Toutes les fois que les impressions des dix doigts
d'une personne furent soumises à notre examen, il fut facile,
soit à mon adjoint, soit à moi-même, de reconnaître si une
autre impression des mêmes mains, prise à une époque anté-
meure, existait dans la collection. Ceci peut se faire, soit en se
rapportant aux cartes sur lesquelles on avait pris les impressions,
soit en se servant du catalogue dans lequel on a placé par
ordre alphabétique les « titres », au moyen desquels on peut
distinguer les séries d'impressions.


    5. Les « titres » mentionnés ci-dessus s'obtiennent' en classant
le patron de chaque doigt, pris séparément, dans l'une
des quatre classes fondamentales ; A, R, U et W et, de temps en
temps aussi, en comptant des sillons (voir 8) et en se servant
des suffixes descriptifs (voir 8).

    6. La fréquence relative avec laquelle les patrons tombent
dans les différentes classes est telle que sur chacun des 13 patrons
d'index nous trouvons en moyenne 2 spécimens de A,
3 cas de H, 1 cas de U et 4 de W, Les proportions ne sont pas
les mêmes pour les autres doigts.

    7. A (signifiant en anglais « Arches »). Ici les sillons papillaires
traversent le doigt en lignes droites au niveau et auprès
de la dernière articulation. De là, en se rapprochant des extrémités
du doigt, elles deviennent de plus en plus arquées. Toute
cette disposition constitue un système continu dans lequel aucun
sillon ne revient sur lui-même.
R et U sont des divisions du grand groupe L (en anglais « Loops »). Ici
la disposition des sillons, vers l'articulation et
vers le bout du doigt, est la même qu'en A, mais ils forment
deux systèmes différents entre lesquels s'intercale le troisième
système L. Ce troisième système L consiste en sillons se repliant
sur eux-mêmes -, ils se courbent une fois, mais une fois seule-
ment, ne formant jamais un cercle complet. Au point où les
deux premiers systèmes divergent pour entourer le groupe L,
il se trouve toujours un endroit avant une certaine ressemblance
avec le delta formé par les alluvions déposées par une rivière à
son entrée dans les eaux tranquilles d'un lac et on le désigne
sous ce nom. Le groupe L se distingue par conséquent par un
delta, le groupe A n'en possédant pas. L'ouverture de L doit
être retournée vers l'un des côtés du doigt ; si elle est tournée
vers le côté radial ou du pouce, on l'appelle R, mais si elle est
tournée vers le côté ulnaire, on du petit doigt, on l'appelle U.
    W [en anglais « Whorls »). Cette classe est très variée, caractérisée
communément par là présence de deux deltas, et par
conséquent quelques-uns des sillons qui en font partie forment
un cercle complet. C'est une classe qu'il est difficile de subdiviser
à cause des formes remarquablement, distinctes qu'elle comprend et
que l'on ne peut pas isoler facilement. Du reste, une
multitude d'autres formes intermédiaires les relient entre elles
par des gradations imperceptibles.

    8. Les classes R et U peuvent se subdiviser facilement en
comptant le nombre de sillons que traverserait une ligne imaginaire
tirée du delta au noyau. Les sillons peuvent facilement et
exactement se compter avec une installation optique appropriée.
Mon aide et moi, après avoir pratiqué ensemble jusqu'à ce
que nous fussions d'accord sur les termini précis (bien définis
dans mon livre), différions rarement de plus d'un ou deux
sillons dans une longue série d'expériences. et quand nous
différions, on pouvait en outre généralement prévoir la nature
de la différence. Le nombre des sillons, entre les termini de
l'index, varie de 1 à plus de 20 et la fréquence relative de
chaque nombre de sillons entre 3 et 16 est approximativement la
même. Les sections R et U peuvent par conséquent se subdi-
viser considérablement en comptant les sillons. On a réussi
à subdiviser la classe W en comptant du delta radial au
noyau ou, s'il y a deux noyaux dans le patron, jusqu'au plus rapproché.

    9. La dernière chose qui nous reste à mentionner est le système
de suffixes qui offrent des indications utiles pour les particularités du patron.
    Ce long préambule est nécessaire pour expliquer les détails
de ma proposition : qu'il soit fait des recherches dans les admi-
nistrations de police des différentes nations pour déterminer la
nomenclature la plus convenable et les autres détails relatifs
aux empreintes digitales pour les services internationaux, c'est-à-dire
pour communiquer, par lettre ou,télégraphe, et en termes
généralement intelligibles, le signalement par les empreintes
digitales des personnes soupçonnées. Les points qui demandent
principalement une solution semblent être les quatre suivants :
    a). Quelle est la meilleure nomenclature à adopter pour
décrire les divers cas ambigus qui se trouvent entre A et L,
A et W, et les quelques rares cas qui se trouvent entièrement
indéterminés ?
    La variété de ces patrons ambigus n'est pas du tout trop
grande pour pouvoir être classifiée au moyen de suffixes ajoutés
aux A, R, U et W, selon le cas. Mon propre système de suffixes
pourrait être revu et amélioré. Il serait surtout à désirer
qu'on fit de nouveaux efforts pour déterminer exactement les
variétés bien marquées de W, et pour subdiviser A.
    b). De quels doigts doit-on prendre des empreintes quand
tous les doigts ne sont pas marqués? Il n'est pas facile de
répondre à cette question. Il est cependant évident que lors-
qu'on ne prend qu'un doigt, ce doigt doit être toujours le
même, appelons-le m. Lorsqu'on en prendra deux, l'un de ces
doigts devra être m et l'on pourra appeler l'autre n. Quand on
prendra trois doigts, le premier devra être m, le second n et
ainsi de suite. Voir aussi le paragraphe suivant.

    c). Dans quel ordre doit-on lire et écrire les empreintes pour
former le titre sous lequel la série est classifiée ou cataloguée.
Il serait bon (si l'on négligeait d'autres considérations impor-
tantes) que les doigts qui sont le plus universellement adoptés
fussent choisis en premier lien (voir b). Je ne suis point du tout
satisfait de l'ordre que j'ai adopté jusqu'à présent, et je préférerais
maintenant lire les empreintes dans l'ordre naturel des
impressions, en commençant par celle du petit doigt de la
main gauche et en terminant par le petit doigt de la main
droite, mais cette méthode présente quelques inconvénients
indépendamment de ceux mentionnés ci-dessus. Peut-êre
pourrait-on arriver à un compromis dans le choix de la meilleure
méthode, tel que : 1° main droite, du pouce au petit
doigt ; 2° main gauche, du petit doigt au pouce.

    d). Quelle notation est la plus commode pour les titres ? Les
lettres A, R, U, W ne sont pas très claires pour les diverses
combinaisons dans les séries de 10 lettres, elles sont aussi un
peu ennuyeuses à écrire avec la clarté nécessaire et je préfère
aujourd'hui me servir de traits fermes et simples, comme ceux
qui sont employés en sténographie et qui ont quelque ressemblance
avec les patrons qu'ils représentent. Ce sont : un accent
circonflexe ^, un accent aigu ' , un accent grave ' , et un petit
cercle °. Dans cette notation, la classe L est divisée d'une nouvelle
manière et les classifications actuelles des systèmes R et U
devront être arrangées de nouveau, R et U ayant des pentes
opposées aux deux mains. Dans la nouvelle méthode, L est
divisé en deux classes selon la pente du patron,comme on le voit
dans l'impression. La nouvelle méthode est aujourd'hui en
usage dans le bureau anglais et semble donner de bons résultats.
Les raisons qui parlent en faveur de ces changements, ou contre
eux, ont été mentionnées en détail dans mon livre.
    Nous espérons que, quoique ces observations puissent paraÎtre
difficiles à saisir au premier abord, pour les personnes qui n'ont
jamais étudié les empreintes digitales, elle seront assez intelligibles
pour ceux qui s'adonnent sérieusement à l'étude de cette
importante branche de l'anthropométrie criminelle pour en
étendre les effets et arriver à établir une uniformité internationale
dans les moyens.



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