PAUL BROCA
SUR L'ETAT DES CRANES ET DES SQUELETTES DANS LES ANCIENNES SEPULTURES
Remplissage des crânes
1864
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E-TEXT
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Dans les crânes des cimetières modernes, et dans ceux qui, bien que plus anciens, ont été extraits de la terre au bout de quelques centaines d'années seulement et conservés depuis lors dans des ossuaires, on trouve ordinairement une petite masse sèche du volume d'un oeuf ou d'une noix, quelquefois fort dure, mobile comme un grelot, souvent assez difficile à extraire, et constituée par le cerveau desséché et momifié. Mais lorsque le crâne séjourne en pleine terre, ou lorsque la terre environnante fait irruption dans le tombeau, le crâne finit par se remplir entièrement, et cette circonstance ne contribue pas peu à en assurer la conservation.
Les fouilles qui ont été pratiquées en ma présence et avec le concours de M. Bourgeois, aux mois d'août et de septembre 1863, dans les cimétières mérovingiens de Chelles et de Champlieu, et celles qui avaient été faites précédemment, par les soins de M. de Roucy, dans le cimetière gallo-romain du mont Berny, m'ont fourni l'occasion d'étudier cette question et de constater plusieurs phénomènes assez curieux.
Au mont Berny, la plupart des corps avaient été seulement déposés dans des fosses et aussitôt recouverts d'une terre sablonneuse. En préparant les crânes de ce cimetière, recueillis par M. Bourgeois, je n'avais pas été surpris de les trouver pleins de terre ; je les avais vidés sans difficulté et je n'en avais extrait, avec la terre, qu'une assez faible quantité de minimes fragments de pierre, semblables à ceux qui se rencontrent dans le terrain environnant.
Mais à Chelles et à Champlieu la plupart des corps, suivant la coutume de l'époque mérovingienne, étaient déposés dans des auges en pierre, les unes monolithes, les autres formées de deux pièces, toutes recouvertes d'une grande dalle horizontale, sous une couche de terre végétale dont l'épaisseur variait de 50 centimètres à 1 mètre.
Il semble, d'après cela, que ces tombeaux auraient dû ne renfermer que les objets qui y avaient été inhumés. La plupart au contraire renfermaient une grande quantité de terre ; beaucoup en étaient même entièrement remplis. Il n'y en avait qu'un très petit nombre où la terre n'eût pas pénétré.
Les squelettes qui se trouvaient dans ces derniers tombeaux étaient pour la plupart extrêmement altérés, et tombaient en miettes au moindre contact. Ils présentaient ordinairement une couleur d'un jaune rougeâtre. Ils étaient extrêmement légers ; leur tissu compact était décomposé en lamelles, et comme feuilleté. J'ai eu l'occasion, en 1848, de constater un pareil état sur le squelette contenu dans le cercueil en plomb n° 7 du cimetière des Célestins, et j'en ai rapproché une observation faite en 1807 par Fourcroy et Vauquelin sur un squelette trouvé dans un tombeau du XIème siècle (cf. mon Rapport sur les fouilles des Célestins). Cette altération paraît due au développement interstitiel de petits cristaux qui seraient, d'après Fourcroy et Vauquelin, constitués par du phosphate acide de chaux. Elle se manifeste exclusivement dans les tombeaux bien clos où les os, après la putréfaction des chairs, se trouvent en contact avec une atmosphère confinée.
Dans les tombes pleines de terre, et dans celles où il y avait une quantité de terre suffisante pour recouvrir les squelettes, les os étaient beaucoup mieux conservés.
Lorsque l'auge est formée de deux pièces, ou lorsque la dalle qui forme le couvercle est en deux pièces, ou enfin lorsque ce couvercle a été consécutivement brisé en deux ou plusieurs fragments, ce qui n'est pas rare, la pénétration de la terre s'explique sans difficulté. Mais quelques auges monolithes, dont le couvercle monolithe était encore parfaitement intact, étaient entièrement remplies de terre, et d'une terre extrêmement dense, très adhérente, qui rendait l'exhumation des squelettes fort difficile. La première idée qui me vint, lorsque nous constatâmes ce fait, M. Bourgeois et moi, fut que des infiltrations d'eau, tenant en suspension des molécules terreuses, avaient pénétré entre le bord supérieur des auges et la face inférieure de la dalle horizontale, et déposé à la longue ces molécules comme une sorte de formation géologique. Mais nous trouvâmes dans cette terre une assez grande quantité de petits fragments de pierre, de coquilles terrestres récentes, et même des nummulites qui provenaient évidemment des terrains environnants.L'introduction de la terre était donc le résultat d'une poussée latérale, mais on concevait difficilement que cette poussée latérale eût soulevé un couvercle du poids de plusieurs centaines de kilogrammes, et sur lequel pesait directement une épaisse couche de terre.
L'étude des tombes incomplètement remplies m'a fourni l'explication de ce phénomène.
Le sol du cimetière de Chelles, est une terre végétale qui a été autrefois fréquemment retournée, où existent beaucoup de petites pierres calcaires et où sont dispersées un très grand nombre de nummilites. Ces débris proviennent des roches subjacentes, qui sont assez superficielles, peu consistantes, et qui, sur un très grand nombre de points, ont été entamées lorsqu'on creusait les fosses destinées à recevoir les auges. Ce cimetière, abandonné depuis une époque peu postérieure au VIIème siècle, a été recouvert ensuite d'une forêt qui a été défrichée seulement depuis quelques années. Ce sont les racines des arbres qui ont soulevé les couvercles des auges. D'innombrables radicules filiformes se sont d'abord introduites entre l'auge et le couvercle, à la faveur des petites inégalités qui existaient sur les surfaces en contact, lesquelles étaient planes, mais non polies ; ces radicules, s'accroissant ensuite, ont produit un léger écartement ; le moment est venu où l'un des bords du couvercle a été soulevé à un degré suffisant pour livrer passage à un peu de terre très fine ; puis les racines, de plus en plus nombreuses et de plus en plus grosses, ont augmenté l'écartement ; et de très petits fragments de pierre ont pu s'y glisser. Ces corps durs supportant alors le poids du couvercle, les racines, qui n'étaient plus soumises à une pression constante, ont pu se développer plus librement ; un nouvel accroissement a élargi le passage, qui a pu recevoir des pierres plus grosses ; celles-ci supportant à leur tour le poids du couvercle, les pierres plus petites qui les avaient précédées ont pu tomber dans l'auge avec la terre ; et ainsi de suite. Les phases successives de ce phénomène ont pu être étudiées sur les diverses tombes en voie de réplétion. L'une presque entièrement vide, ne contenait, outre le squelette, qu'un petit amas de terre très fine, comme tamisée, formant, à l'extrémité rétrécie de l'auge, une sorte de demi-cône dont la base couvrait en partie les pieds du squelette, et dont le sommet arrondi arrivait tout près du bord supérieur de l'auge ; à ce niveau existait entre le couvercle et l'auge une mince couche chevelue formée par une innombrable quantité de petits filaments de racines.
D'autres tombes présentaient deux ou trois amas de terre semblables au précédent, et dus à la même cause. Ailleurs, les racines interposées étaient plus grosses, la terre intérieure était plus abondante, moins fine, et renfermait déjà de petits fragments de pierre. Ailleurs enfin, l'auge, presque entièrement remplie, contenait, avec la terre, des pierres dont le volume pouvait aller jusqu'à 3 ou 4 centimètres de diamètre.
Nous avons constaté dans une de ces tombes incomplètement remplie une particularité singulière. Un demi-cône de terre, remplissant presque entièrement l'extrémité rétrécie de l'auge, recouvrait à la fois les deux pieds et la partie inférieure des jambes. Le squelette était à nu dans le reste de son étendue ; il avait conservé l'attitude qui lui avait été donnée dans l'inhumation. Les os étaient bout à bout et en place. Le cône de terre, en augmentant et en avançant, avait refoulé devant lui deux os du tarse, qui se trouvait ainsi placé au niveau des tibias. Il n'y avait rien là que de très simple ; mais, chose étrange, la rotule droite se trouvait située au niveau du bassin, et la rotule gauche était à peu près au niveau du milieu de la cuisse. Comme tout le reste du squelette était en place, il était à peu près certain que la tombe n'avait pas été violée. Il était donc probable que quelque animal de très petite taille avait pénétré dans l'auge et effectué le transport des rotules. Nous cherchâmes en vain dans la tombe le squelette de cet animal ; mais nous trouvâmes dans deux autres tombes deux têtes dont l'une paraît être celle d'un petit rat, et l'autre celle d'une taupe.
J'ai conservé ces têtes que je voulais vous présenter ; je ne les ai pas retrouvées aujourd'hui, mais je les ai montrées il y a quelques jours à M. Pouchet, qui a constaté avec moi que l'une appartenait à un tout petit rongeur, l'autre à un tout petit carnassier. Ces animaux, en creusant le sol, avaient trouvé le couvercle entr'ouvert, et pénétré dans les tombes, où ils étaient morts, mais on conçoit très bien qu'ils auraient pu s'en aller par où ils étaient venus, et c'est ce qui était arrivé sans doute dans l'auge où les deux rotules étaient déplacées.
La terre contenue dans les tombes ne renfermait pas seulement des fragments de pierre ; on y trouvait encore des nummulites, des coquilles d'hélix et de cyclostomes d'espèces actuellement vivantes, les unes brisées, les autres entières, des dent humaines et des fragments d'os humains, surtout des côtes et des phalanges, qui ne provenaient pas du corps inhumé dans la tombe, et qui, avant de pénétrer dans l'auge, étaient dispersés dans le sol du cimetière. Souvent enfin un grand nombre de racines, subdivisées à l'infini, parcouraient en tous sens la terre intérieure, et se prolongeaient même jusque dans le crâne du squelette.
Toutes les fois que la terre était assez abondante pour recouvrir la plus grande partie du squelette, le crâne en était entièrement rempli, et c'étaient les crânes pleins et recouverts de terre qui étaient en général les mieux conservés. La substance qu'ils renfermaient était tellement tassée, tellement compacte, qu'il fallait beaucoup de temps et de patience pour les vider, à l'aide d'un bâton effilé en fuseau, qu'on introduisait dans le trou occipital et qui servait à dissocier la terre intérieure.
En vidant ainsi peu à peu les crânes, je ne fus pas surpris d'en voir sortir d'abord quelques petits fragments de pierre, lesquels, étant beaucoup plus petits que le trou occipital, avaient pu sans difficulté s'y introduire ; mais je trouvai dans certains crânes des fragments beaucoup plus gros, tellement gros même que j'eus beaucoup de difficulté à les extraire. Dans un cas, toute la terre était déjà enlevée, et il restait encore dans le crâne un gros fragment de pierre qui y jouait comme un grelot et qui était si gros, que je désespérai un moment de l'extraire. J'y réussis enfin, après de longs tâtonnements, en faisant tenir le crâne par un aide, en saisissant le fragment avec deux pinces à disséquer et en le retournant un grand nombre de fois ; je vous présente ce fragment : il a 55 millimètres de long sur 38 de large, avec une épaisseur un peu moindre. Il est très poreux, très sec, il pèse environ 20 grammes, et il serait presque aussi difficile de le faire rentrer dans le crâne qu'il l'a été de l'en faire sortir.
Tous les corps dont j'ai signalé la présence dans la terre des tombes se retrouvaient aussi dans les crânes, savoir : des racines chevelues, des nummulites, des coquilles d'hélix et de cyclostomes, des dents humaines, de petits os humains, tels que des phalanges, des métatarsiens et des métacarpiens, des fragments de côtes, et même, dans un cas où le crâne était parfaitement entier, un fragment de pariétal, long de 4 centimètres et large de 3 centimètres et demi. Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est le volume et le nombre des pierres contenues dans certains crânes : j'ai pu m'assurer que ces corps solides étaient souvent plus abondants dans les crânes que dans la terre de la tombe et que dans la terre environnante.
J'ai conservé les pierres et les os de quelques-uns des crânes qui sont déposés dans notre musée ; je vous les présente en autant de paquets séparés :
N° 44 de Chelles (1ère série) : je n'ai gardé que les pierres d'un certain volume, elles pèsent ensemble 75 grammes. Il y a en outre un grand fragment de pariétal déjà mentionné, une douzième côte entière longue de 6 centimètres, une première phalange de gros orteil, et quatre nummulites. La plus grosse pierre pèse 22 grammes ;
N° 45 de Chelles (1ère série) : 72 grammes de pierres. La plus lourde pèse 19 grammes. Plus un gros fragment de côte et une dent canine ;
N° 46 de Chelles (1ère série) : je n'ai gardé que les plus grosses pierres. Elles pèsent ensemble 222 grammes. La plus lourde pèse 17 grammes. Il y a trois phalanges ;
N° 5 de Champlieu : 125 grammes de pierres. La plus lourde pèse 29 grammes ;
N° 12 de Chelles (1ère série) : un hélix hortensis, deux coquilles de cyclostomes, une petite molaire d'homme, trois nummulites. Les pierres, peu volumineuses et peu nombreuses n'ont pas été pesées ;
N° 17 de Chelles (2ème série) : 455 grammes de pierres. La plus lourde pèse 25 grammes. Il y a une innombrable quantité de petites pierres grosses comme des pois ;
N° 18 de Chelles (2ème série) : pour pouvoir conserver jusqu'aux plus petites pierres, j'ai reçu tout le contenu du crâne sur un tamis que j'ai placé, pendant vingt-quatre heures, sous un filet d'eau. Toute la terre a été entraînée. Le résidu, parfaitement blanc et parfaitement desséché, pèse aujourd'hui 630 grammes. Si l'on trie les pierres d'un volume supérieur à celui d'un pois, on trouve qu'elles pèsent ensemble 195 grammes. Il y a en outre deux phalanges et une petite molaire. Ce poids de 630 grammes paraîtra d'autant plus considérable que les pierres, je le répète, sont très poreuses et très légères.
Voici plusieurs autres amas de pierres provenant également de l'intérieur des crânes de Chelles ou de Champlieu. Tous sont remarquables par le nombre et le volume des pierres contenues dans ces crânes.
Ce qu'il y a de plus étrange et de plus embarrasant, c'est que la terre intracrânienne contenait ordinairement une quantité relative de pierres bien plus considérable que la terre qui remplissait le reste de la tombe. la première fois que j'ai constaté ce fait, je l'ai attribué au hasard ; mais lorsque j'ai vu la chose se reproduire un grand nombre de fois, j'ai dû reconnaître que le hasard n'y était pour rien. J'en ai longtemps cherché la cause, et voici l'explication qui m'a paru la plus probable :
Il résulte de ce que j'ai dit plus haut sur le mode de pénétration de la terre dans les auges, que cette pénétration ne s'effectue pas uniformément par tous les points de la circonférence du couvercle. Lorsque l'auge est monolithe et que le couvercle, monolithe également, n'est pas brisé, la pénétration se fait d'abord sur un seul point et donne lieu, à ce niveau, à un demi-cône de terre qui s'accroît progressivement, et qui avance peu à peu dans la tombe en refoulant même au-devant de lui certains os peu volumineux. Lorsque plus tard le couvercle est soulevé sur un autre point, un second demi-cône de terre se forme à ce niveau et progresse comme le précédent. Dans les auges en deux pièces, la terre s'introduit d'abord à travers l'interstice transversal qui sépare les deux pièces, et s'étend de là à la fois vers la tête et vers les pieds du squelette, sans préjudice de la pénétration qui peut s'effectuer sous les bords du couvercle, comme dans le premier cas. Enfin, lorsque le couvercle est en deux pièces, ou lorsqu'il a été fendu par le poids des terres et disloqué par la pénétration des racines dans les fissures, la terre s'introduit par là plus facilement encore que par les autres ouvertures. Il en résulte d'une part que la terre ne reste pas en place dans les auges et qu'elle s'y meut très lentement en faisant une sorte de poussée ; d'une autre part, que les amas de terre correspondant aux diverses ouvertures d'entrée donnent lieu à autant de poussées distinctes. Lorsque deux amas se rencontrent, celui qui est poussé avec le plus de force empiète sur l'autre et le fait rétrograder. Mais les conditions peuvent changer. Il suffit qu'une ouverture soit élargie par le développement d'une grosse racine, pour que la poussée de la terre correspondante devienne plus forte, et pour qu'un amas de terre, d'abord refoulé par ses voisins, empiète au contraire sur eux. De là des déplacements continuels reproduisant en petit, dans une auge tumulaire, des phénomènes analogues à ceux que les géologues étudient en grand dans le glissement des terrains. Il est clair que les pierres, les dents, les os, les coquilles, etc., contenus dans la terre, se déplacent avec elle, comme les blocs erratiques transportés par les glaciers.
Cela nous permet déjà de comprendre comment des pierres irrégulières, presque aussi grandes que le trou occipital, peuvent pénétrer dans ce trou. La pierre que je viens de vous montrer, et que j'ai eu tant de peine à extraire du crâne, parce qu'elle ne pouvait sortir que dans une seule et unique position, a dû nécessairement, avant d'y pénétrer, chercher sa voie par une sorte de tâtonnement, et cela prouve qu'arrêtée au niveau de ce trou par ses aspérités, elle a dû être retournée lentement en tous sens jusqu'à ce qu'enfin, après plusieurs années peut-être, elle se soit trouvée dans la position favorable.
Ce n'est pas seulement au niveau du trou occipital qu'on trouve la preuve du glissement des pierres. Les orbites, les fosses zygomatiques, les fosses nasales, renferment très fréquemment des pierres volumineuses qui y sont exactement enchâssées, et c'est une des causes qui contribuent le plus à détériorer les os de la face. Lorsqu'une pierre plus ou moins irrégulière arrive sur le bord d'une anfractuosité, elle y prend un point d'appui qui transforme son mouvement de progression directe en mouvement de bascule, et, lorsque ses dimensions s'y prêtent, elle s'enfonce dans cette anfractuosité, où elle s'arrête si elle y trouve un gisement convenable. On conçoit d'après cela que les pierres et autres corps erratiques qui passent sur le trou occipital ont plus de chances d'y pénétrer que la terre elle-même ; car celle-ci glisse tandis que ceux-là s'accrochent sur les bords du trou et y restent jusqu'à ce qu'une poussée mieux dirigée les y introduise.
Je signale enfin une autre particularité non moins singulière : c'est que les corps erratiques les plus volumineux sont en général situés très près de la voûte du crâne. Je m'en suis assuré un grand nombre de fois sur les crânes qui tombaient en fragments, laissant à découvert une masse de terre très cohérente qui constituait un véritable moule intérieur. J'ai pu ainsi étudier de dehors en dedans la disposition des pierres contenues dans cette masse de terre ; le plus souvent de grosses pierres étaient tout à fait superficielles et placées au contact même des os de la voûte du crâne, tandis que dans les parties rapprochées de la base du crâne les pierres étaient ordinairement plus petites et surtout moins nombreuses. Cela s'explique si l'on songe que le crâne repose toujours sur la paroi inférieure de l'auge, et que le trou occipital regarde ordinairement en bas. Il est clair que les mouvements de la terre et les déplacements en divers sens qui s'effectuent sous l'action des diverses poussées, sont beaucoup plus prononcés pendant les premiers temps (ou si l'on veut pendant les premiers siècles) qu'ils ne le deviennent plus tard lorsque l'auge est à demi remplie et que les divers amas de terre, confondus par leur base, constituent dans le fond de l'auge une couche continue et fortement tassée par la pression des couches supérieures ; et s'il est vrai que ces mouvements soient la cause de l'espèce de triage qui fait pénétrer de préférence dans le crâne les corps durs et irréguliers, il est tout naturel que la terre introduite dans les crânes pendant les premiers temps contienne plus de corps erratiques que celle qui y pénètre plus tard, à une époque plus tranquille. On conçoit ainsi que les couches supérieures ou superficielles du contenu du crâne soient plus riches en pierres et en corps durs de toute sorte que les couches moins anciennes qui, pénétrant après elles dans le trou occipital, les ont refoulées vers la voûte du crâne.
Fin